La Tour aux puces

Quand les histoires défient l'Histoire.

Comme je ne sais pas trop quoi vous raconter, je vais vous parler de nos vacances.

Une grande virée dans l'Est de la France avec bottes et grands parapluies.

Cela nous a conduits jusqu'en Lorraine.

Mais c'est sans doute de Thionville que nous avons ramené notre pire souvenir.

Figurez-vos que nous y avons attrapé des puces.

Oui tout nous laisse à penser qu'elles viennent de là.

Oh elles ont des ancêtres lointains ces puces.

Si j'avais pu vivre dans des temps immémoriaux, quand la météo était au « soloil » comme on disait chez les Carolingiens, avec ma roulotte de camping, j'aurais pu y croiser Charlemagne

Contrairement à la légende il ne quittait pas souvent sa capitale, mais il venait passer quelques week ends à Thionville, dans le grand duché du Luxembourg. Il y avait un beau château médiéval.

Oh incognito, mais pas tout seul tout de même. Hildegarde l'accompagnait avec quelques veneurs et leudes triés sur le volet.

Ben oui, c'est bien connu il adorait l'école et la chasse.

Les Thionvillois n'étaient pas mécontents. Ils pouvaient gagner quelques pièce en prêtant la main. Et puis surtout, si la chasse était bonne, le bon empereur savait partager quant il retirait sa couronne. C'était festin de cerfs et de sangliers pour qui acceptait de creuser les trous, allumer de grands feux tourner les broches, pour les manants et, assurer le service pour leurs dames. De toute façon il y avait toujours les lapins pour les gueux et gueuses.

Par contre il ne s'embarrassait pas de chiens pour le voyage, il les laissait sur place.

Malheureusement un jour, l'empereur ayant été appelé en urgence pour régler quelque différent bavarois, on avait oublié de relever le pont-levis derrière la troupe. Ils erraient dans la ville.

Tant qu'ils nettoyaient les poubelles on les aimait bien. Mais l'Empereur tardait à revenir et les chiens commençaient à sérieusement se gratter en public. En pleine rue. Les enfants qui les approchaient ramenaient des colonies de puces à la maison.

Si bien que lorsque Charlemagne est revenu pour se reposer, un comité d'accueil l'attendait derrière le pont levis. Pendant tout ce temps personne n'avait osé s'occuper des chiens de l'empereur, pensez donc.

Le bon et sage Charlemagne, fils du Pippinide et Bref Pépin, les écoute avec attention et il propose une solution qui semble satisfaire toute la population thionvilloise. Cette fois après la chasse il s'assurera lui-même que les chiens seront parqués dans la ville.

Et il s'en retourne chez lui suivi de toute sa mini cour.

Mais on avait parqué les chiens, pas les puces. De plus ils passaient leur temps à hurler si bien que dans toute la ville non seulement on se grattait mais maintenant plus personne ne réussissait à dormir.

Quand le missi dominici vint pour faire son contrôle trimestriel, on ne manqua pas de le renvoyer à Aix-La-Chappelle avec une belle pétition.

Charlemagne revient lui-même, en personne, avec apparat mais toujours incognito, accompagné de Hildegarde, de ses veneurs et leudes fidèles. Il est fort embarrassé et réfléchit. Réfléchit. Réfléchit.

Il finit par convoquer les représentants de la population thionvilloise et leur dit ceci :

« Je suis tout à fait conscient du désagrément aussi je vous propose de construire une tour avec seulement quelques minuscules ouvertures, assez hautes pour que vous n'entendiez plus les chiens afin qu'ils gardent leurs puces ».

La Tour terminée l'empereur, trop occupé, n'est plus jamais revenu. Les chiens sont morts de faim. Pas les puces.

La Tour aura tout de même servi en temps de guerre au fil des siècles pour protéger la population. On l'aura maintes fois consolidée au point qu'on a fini par la transformer en musée,.

Mon histoire se terminerait là... si j'étais sûr que c'était bien Charlemagne qui avait fait construire cette étrange Tour.

Musée à puces... pas si sûr finalement, mais à Pass, c'est certain.


 

Le conteur espère des illustrations pour oraliser et transformer ce conte en vidéo.

Mm