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Sachant que ce travail est très lourd, il ne faut pas gaspiller son énergie et bien réfléchir à ce que l'on veut dire ou montrer...

 

Autrement dit : je ne filme pas ma classe ; je dis que les élèves sont autonomes, ne savent pas encore s'organiser... Je montre qu'elle est grande, bruyante, agréable... Et je choisis le type de film que je veux réaliser.

1- Présenter une classe par la vidéo.

Un document pour chercheurs ou une simple analyse de pratique.

Deux conceptions possibles sachant que la caméra objective cela n'existe pas et que donc le chercheur sera contraint d'adopter le regard de la caméra.

1.1- La caméra fixe sans présence d'un cadreur, pour déranger le moins possible. Le cadre sera le plus large, donc déjà un regard impossible qui fera que le chercheur sélectionnera. Elle devra être en plongée (sur une table) pour que rien ne cache l'image. Encore une vision impossible dans une classe et qui va créer une distance. Le micro devra être omnidirectionnel alors que l'oreille est sélective et que le maître choisit qui il écoute. La simple présence de la caméra modifie la configuration habituelle de la classe. Il faut lui trouver une place au détriment d'une table normalement occupée par desélèves  : on ne peut donc pas l'oublier. Dès qu'un élève agit, par une prise de parole ou en faisant le moindre geste, il se met en scène pour le maître mais plus encore pour l'image de lui à venir : « moi en jeu face au maître pour une image qui sera projetée et dans laquelle je devrais me reconnaître ». Tout cela est observable pour qui se donne comme seul objectif d'en chercher les indices lors de la projection.

Le cinéma de Wiseman est-il objectif ? Si oui, pourquoi le reconnaît-on d'emblécomme inimitable ?

1.2- Un point de vue assumé. La caméra est portée par un observateur qui connaît la classe et la pédagogie exercée. Caméra portée pour aller chercher librement l'action. Dans ce cas le discours est clair même si totalement subjectif. Il est assumé et peut être discuté. Le film sera monté pour mettre en évidence des aspects précis, ou non monté, ce qui inévitablement donne des informations parasites, non intentionnelles de la part du cadreur.

2- Le film documentaire

Tout film, même documentaire, doit être scénarisé, même si le scénario doit intégrer l'imprévu du réel. Commencer par la recherche du meilleur positionnement par rapport aux sources de lumière et aux parasites sonores éventuels, ce qui suppose un repérage préalable et des dessins. Savoir avant de filmer les intentions du maître : ce qu'il va dire et faire, ce qu'il attend de ce cours, mais découvrir soi-même la classe pour comprendre son fonctionnement en venant avant. Discuter avec les élèves pour se faire reconnaître. La même démarche est transposable en toute situation de documentaire. Comprendre avant de venir filmer.

Alors on pourra adopter un point de vue personnel, lequel n'est communiqué à personne avant le tournage pour éviter le surjeu. Mise à part la caméra cachée télécommandée à distance, sa présence modifie le comportement de tous les êtres vivants. Le cinéma animalier l'a suffisamment mis en évidence. Mais la caméra cachée est très mal vécue par les être humains.

Par ailleurs, le cadreur n'est pas le monteur, il travaille pour un autre métier, quand bien même l'assumerait-il lui-même par la suite. Ce n'est pas lui qui fait l'enchaînement des plans, au contraire il doit offrir des cadres variés pour laisser un choix.

Tout panoramique est source de difficulté au montage. Quand c'est possible toujours commencer par 10 secondes de fixe avant tout mouvement et terminer par 10 secondes de fixe avant de repartir dans l'autre sens. C'est offrir trois choix au montage. Si impossible s'abstenir et offrir des plans larges dans lesquels le monteur créera artificiellement des mouvements. De même le montage virtuel permettant les recadrages, évitons de les faire au tournage. Le monteur sera content de pouvoir resserrer l'image sur la personne qui parle ou l'oiseau qui s'envole, au lieu de devoir raccorder des plans trop serrés qui cherchent dans la salle l'action et arrivent toujours en retard. Avant d'assurer mouvement de caméra, je dois savoir exactement où je vais commencer mon plan, où je vais l'arrêter et positionner mon corps en fonction pour ne pas être déséquilibré.

C'est le monteur qui donne le rythme des changements d'échelle de plan, ce n'est plus le cadreur. Pour les variations d'échelle se limiter au plan large qu'on pourra recouper latéralement au besoin et à un plan groupant plusieurs personnes qui pourra être recadré en gros plan sur l'action qui n'était pas prévisible. Un plan large permet au montage un panoramique précis, impossible à faire à la caméra dans une salle de classe en train de débattre.

Ne pas hésiter à faire rejouer comme l'ont fait Flaherty, Deacon ou Jean Rouch. Le vrai n'est pas toujours audible, ni même vraisemblable. L'image volée fait le talent de Cartier-Bresson en photographie, mais seulement le gag en vidéo, toujours au détriment des personnes.

Savoir que le monteur manquera toujours de plans pour contextualiser, illustrer voire faire des plans de coupe (ceux qui cachent une erreur, et qu'il faut éviter). Alors filmer tout ce qu'on trouve avant l'entrée en scène des acteurs, qu'il soient animaux ou humains. Et rester après pour compléter en pensant à ce qui risque de manquer une fois le tournage terminé : l'arbre aperçu et qui mérite qu'on s'y arrête, l'affiche ou le tableau commenté par un enfant. Le texte qu'il a lu et que je n'ai pas pu filmer en direct. Un appareil photo suffit le plus souvent

3- Le film de fiction

L'écriture de scénario fera l'objet d'une présentation séparée. L'histoire du cinéma, place la fiction dans le prolongement du théâtre avant de chercher à s'en éloigner le plus possible par tous les moyens. Autant dire qu’il n’y a pas de règle, mais que ce n'est pas une raison pour commencer par le plus difficile. Dans le cadre scolaire on aura tout intérêt à partir d'un scénario écrit. Lorsqu'on souhaite n'en pas rester à une première expérience, il est bon au fur et à mesure du tournage, de laisser s'inviter l'improvisation.

Rien de plus insupportable qu'un jeu faux. Penser que le film est destiné à être montré et qu'une mauvaise image de soi laisse toujours des traces quand elle n'est pas destructrice. Alors on recommence sans hésiter puisque le numérique le permet contrairement à la pellicule qui coûtait cher. On recommence en changeant un texte ou un mouvement que l'acteur ne peut pas assumer.

Je suis toujours gêné lorsqu'on me dit que la méthode naturelle consiste à laisser faire les enfants tout seuls. La MN est un mode d'apprentissage y compris en théâtre. Cela nécessite donc une compétence de la part du maître.

Prévoir des scènes courtes parce que le montage d'une fiction demande d’autant plus de temps qu’il faudra sélectionner les plans et les enchaîner et que le meilleur n'est pas forcément celui qu'on aura qualifié comme tel au tournage et qui ne trouve pas sa place dans la continuité. Généralement le montage des fictions est réalisé par un adulte. Au moins le montage final.

4- La caméra stylo

Aucun écrit préalable. Aucune discussion. Aucun projet. On part et filme un premier plan. A ce plan il va falloir en enchaîner un autre qui commence un discours. C'est un excellent exercice qui oblige à garder la mémoire de tous les plans. Aucun montage.

On visionne le film en groupe. On efface tout. Le cadreur repart et recommence en enrichissant son enchaînement. On effacera de nouveau et il repartira jusqu'à ce qu'il parvienne à ramener une histoire avec un début et une fin. Il faut de la patience, mais j'ai obtenu de cette manière des histoires que personne n'aurait pu écrire sur du papier.

5- Le film de montage pur.

Tel qu'il est préconisé au départ par Dziga Vertov, il suppose une grande quantité de rushes et donc dépasse le cadre scolaire à cause du temps nécessaire pour monter. Le travail est inversé. C'est à partir de rushes inconnus qu'il va falloir scénariser. Le sens est donné par le monteur quelles que soient les images tournées. Les cadreurs cèdent leurs images sans savoir ce qu'on en fera.

Il va falloir, au monteur, trouver une histoire, mais aussi un point de vue alors qu'on n'a aucun élément concernant l'intention des cadreurs. Des contextualisations vont forcément manquer qui vont obliger à tricher pour bâtir autre chose. Un exercice délicat qui pose des problèmes de droit aujourd'hui pour qui pourrait considérer que ses images ont été détournées de leur fonction.

6- Le film d'animation

Il peut être de fiction, documentaire ou de l'art pur sans récit. On retrouvera de ce fait les mêmes préparations et règles de tournage que pour les autres films.

C'est la forme seule qui diffère. Le film d'animation étant tourné image par image, il ne nécessite pas de caméra, un appareil photo suffit. On ne travaillera qu'en lumière artificielle si possible sur banc titre – ça se bricole soi-même - de manière à contrôler l'éclairage et positionner l'appareil de prise de vue sur support fixe.

Le plus important reste la lumière. C'est elle qui apporte le plus de sens dans l'image en créant des ombres qui indiquent à la fois la source de lumière et l'heure, et donc la durée. Prévoir des filtres pour tamiser. Du papier huilé suffit quand on ne peut acheter des filtres professionnels. Par contre quand on peut en récupérer des morceaux auprès d'un théâtre ou d'un lieu de tournage professionnel, faire la différence entre un filtre coloré qui va donner une image bleue et un filtre bleu de conversion qui va donner une image plus blanche, dite « froide », ou à l'inverse si le filtre de conversion est orange, plus « chaude » correspondant à l'éclairage artificiel nocturne. C'est une façon de distinguer le jour et la nuit.

Faisons preuve d'originalité dans la création des décors, des personnages et des objets. On n'est pas obligé de faire comme tout le monde avec de la pâte à modeler. Les personnages peuvent être plats ou en relief. Laissons les enfants choisir eux-mêmes en amorçant éventuellement si rien ne vient. On pourrait peut-être utiliser... ou … Peinture, collage de toutes sortes, dessins, feutres, encres, chutes de tissus, etc.

7- L'art vidéo.

C'est la libre création avec l'outil vidéo. Dans le domaine de l'art c'est d'une très grande richesse allant du minimalisme d'une caméra filmant un mur jusqu’à la sophistication extrême avec un matériel très coûteux.

Que proposer dans une classe ? « La couleur orange ». « Illustrer un effet de larsen avec des images ». « Une composition avec les lignes horizontales » (cf. Mc Laren). « Du goudron ». « Les lézardes ». En énumérant quelques sujets de ce type les enfants trouveront. Tout est permis : on peut écrire un scénario, réaliser un story-board, partir sans intention, modifier le cadre, l'occupation de la surface de l'écran...

 

De quelques questions qui nous ont été posées.

deux caméras et un magnétophone : pour ou contre ?

CONTRE...

On peut rester amateur sans problème. On n'est pas obligé d'être Baudelaire pour prendre un stylo et il en va de même pour la vidéo.

Filmer avec deux caméras et enregistrer le son séparément sur un magnétophone, ça ne va apporter que des ennuis dans le cadre scolaire à moins d'une option spécialisée cinéma.

Les deux caméras n'auront pas la même couleur ni le même grain. Le son du magnétophone ne sera pas synchrone. Et l'on aura pour 1 heure de montage 3 heures de rushes à étalonner pour l'image et synchroniser pour le son. De plus vous aurez, en considérant aussi le son, trois points de vue différents à justifier au montage.

Laissons cela aux professionnels.

Si vraiment vous y tenez, alors ayez une caméra divergée, fixe sur pied, en plan large et dominante. Mais vous ne pourrez pas alors avoir la liberté d'une caméra portée pour suivre les actions car les raccords entre les plans des deux caméras seront choquants.

Autre solution lorsque le temps de tournage est limité. Une caméra spécialisée dans le décor (ou mieux un appareil photo), pour aller chercher les images et les textes dont on parle. Dans ce cas le plan sera gelée et tout à fait incorporable dans des plans de caméra portée. Restera à corriger couleur et lumière au montage.

La longueur des plans.

L'art se moque des règles. Mais en une seconde on donne une information. La moyenne des plans au cinéma traditionnel est entre 3 et 6 secondes. Dans les séries on ne dépasse jamais les trois seconde, limite pour que le décalage entre les mots prononcés et le mouvement des lèvres dans une langue étrangère ne soit pas perçu.

La caméra doit toujours être sur pied

NON, au contraire. Dans la nature oui, Pour un portrait de personne oui à condition dêtre à hauter des yeux de la personne filmée et de placer l'interviewer devant, dos à la caméra, au plus près de l'objectif. On peut alors le prendre en amorce et recadrer par la suite.

Mais pas dans une salle de classe. La caméra sur pied donne une image propre, mais ce que nous cherchons, ce n'est pas l'esthétique mais un discours. Un cadre fixe crée une distanciation proxémique en modifiant le statut de la caméra elle-même. Qui regarde ?

Mais le principal argument est que vous ne pouvez pas aller chercher l'action. C'est en filmant au plus près que vous prenez position et que le spectateur de ce fait sera impliqué. Toutes les caméras disposent de stabilisateur d'image. Penser à avoir soi-même une posture stable et coller les coudes au corps pour ne jamais bouger les bras. C'est le corps qui pivote. Le mieux est de mettre sa caméra en contact constant avec son corps.

Mm 02/02/2019