Lorsque nous utilisions les films argentiques nous devions choisir notre pellicule "lumière du jour" ou "lumière artificielle". Lorsque le numérique est arrivé, il était important de "faire les blancs". Il était important, le jour, d'éviter les fenêtres lorsque nous devions photographier ou filmer des scènes d'intérieur, surtout lorsqu'une lampe était allumée. Nous pouvions compenser en plaçant un filtre coloré, de conversion devant l'objectif, de couleur opposée à la dominante. Ou devant des projecteurs lorsque nous pouvions  en disposer.

   Notre œil ne s'en rend pas compte mais la lumière du jour est bleue. La lumière d'un soleil couchant est orangée et en intérieur, selon l'éclairement elle peut devenir presque rouge.

Un thermocolorimètre mesure ces différences de couleur, étalonné entre le rouge des lumières les plus faibles (coucher de soleil) et le bleu d'un soleil au zenith, d'autant plus foncé sur la neige en passant au centre par le blanc. Bleu, blanc rouge !

En moyenne, dehors, en plein jour nous mesurons environ 6000 à 6500 K (ou Kelvin) que notre œil convertit en blanc. Lumière dite froide.

En moyenne, dans la maison l'éclairage moyen donne environ 3800 à 4200 K selon les lampes utilisées. Lumière dite chaude.

 

Lumière bleue du jour non compensée

Lumière compensée

Lumière artificielle non compensée

   Pourquoi la télévision éclaire en bleu le public. Il n'en a pas toujours été ainsi. Il y eut une période durant laquelle la dominante était orange, voire presque rouge pour permettre de bien différencier le plateau (couleur froide uniforme) du public (couleur chaude). A partir du moment où on a commencé à respecter toutes les couleurs de peau de notre société, on s'est aperçu que l'éclairage ne donnait pas de relief aux plus foncées. Par contre les peaux rosées ont tendance à devenir rouges, d'où la sélection systématique du public servant de décor et son agencement par rapport au champ des caméras.

Pourquoi les écrans ont-ils une dominante bleutée ? Les raisons sont multiples, mais la principale consiste à accentuer les blancs, pour les ordinateurs (environ 5 à 6000 K), et donc de rendre plus lisibles les pages de textes. Et puis il y a en France, comme dans de plus en plus de pays, un effet de mode. Le bleu est devenu la couleur dominante des décors en particulier ceux qui sont liés à la diffusion de l'actualité et des séries tournées en studios. Pour les actualités, cela empêche le trop fort contraste, que le public a du mal à interpréter, entre les reportages réalisés en extérieur et en intérieur. S'ajoute une raison technique non négligeable, puisqu'elle permet de faire des économies de temps et d'argent. Les éclairagistes de plateau vous diront que c'est le plus facile pour régler les projecteurs de manière à avoir le maximum de profondeur de champ pour les caméras. Plus besoin de filtres colorés en studio comme du temps où on pouvait encore rechercher des effets esthétiques tout en respectant les visages. C'est la différence entre éclairage et lumière : le premier respecte l'humain, la seconde les machines.

   Tous les scientifiques le disent : la lumière bleue est dangereuse parce qu'elle détruit les yeux. C'est plus exactement ce que retiennent les vulgarisateurs des recherches scientifiques qu'ils ont sélectionnées. Si c'était le cas il ne faudrait jamais sortir dehors sans lunettes de soleil de 9h du matin à 18h, en moyenne saison.  Savoir qu'il existe actuellement des recherches qui aboutissent aux conclusions inverses et tendent à prouver la nécessité de maintenir le bleu sur les écrans. Je ne rentrerai pas ici dans ce débat qui s'amorce. Tant que nous respectons les rythmes circadiens (veille-sommeil sur un cycle de 24h), que nous ne restons pas 24h dehors dans le cercle polaire l'été, que nous mettons des lunettes de soleil, en particulier quand il neige, nous restons dans le cadre d'un vieillissement normal des yeux. Sur un glacier ensoleillé, la lumière peut atteindre 10 000 K. Pire qu'à la télé ! Prenons les mêmes précautions avec les écrans.

   Ce qui n'est pas normal c'est de rester le soir, tard, quand la lumière environnante devrait être orangée depuis plusieurs heures, devant l'écran de son téléphone portable. Il vaut mieux alors, quand c'est possible, changer le réglage de son appareil, ou placer devant un filtre orangé de conversion ou encore adopter des lunettes colorées. Pour le minimum, à la portée de toutes et tous, compenser par une lumière faible. Ne jamais regarder son écran sans une lumière artificielle qui en diminue la dominante bleue. Maintenir sa lampe de chevet allumée par exemple. Éviter certains "néons" anciens à dominante verte, invisible à l'œil ou des lampes à lumière froide qui accentueraient l'effet. Même remarque pour la télé.

Pour avoir une idée des dominantes, il suffit de retrouver un vieil appareil photo, ou une ancienne caméra numérique, et une feuille blanche. Placer cette dernière devant l'écran puis devant la lumière de la lampe du salon. 

   Ne pas perdre de vue que le principal danger est celui de la tension nerveuse, en particulier celle qui est due à l'usage de trop petits écrans. Mais plus encore, la soumission à des manipulateurs qui profitent du moindre clic pour gagner de l'argent sans que l'on s'en aperçoive et pour cela font tout pour nous captiver et nous empêcher de sortir de leurs griffes.

Éducateurs et enseignants pourront compléter par la lecture du Nouvel Éducateur Spécial numérique.

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